Apprendre de l’Éthiopie

Nathalie Piquemal organise depuis 2010 des cours de science de l’éducation en Éthiopie pour enrichir l’empathie culturelle des futurs enseignants manitobains.

Nathalie Piquemal en compagnie de jeunes du programme Canadian Humanitarian, en Éthiopie.

La Française d’origine installée à Winnipeg, Nathalie Piquemal, fait partie des neuf personnes choisies comme modèles de 2012 par le Conseil manitobain pour la coopération internationale (CMCI), grâce aux échanges qu’elle organise depuis 2010 avec l’Éthiopie pour ses élèves de maîtrise en sciences de l’éducation à l’Université du Manitoba.

« En 2006, je suis partie en Éthiopie avec l’organisation non-gouvernementale Canadian Huma­ni­tarian, basée en Alberta, raconte la professeure agrégée en éducation interculturelle et internationale, Nathalie Piquemal. Je voulais découvrir le pays de mon fils, Naeem, que j’ai adopté à six mois, mais pas de façon touristique.

« Canadian Humanitarian prend en charge des enfants orphelins ou semi-orphelins qui vivent dans une grande misère, poursuit-elle, en leur permettant entre autres d’être nourris et d’aller à l’école, ce qui serait normalement trop cher pour eux. J’y ai vu l’opportunité de créer un partenariat. » Nathalie Piquemal emmène donc depuis 2010 ses élèves de l’Université du Manitoba en Éthiopie pour environ un mois, l’été, pour un enseignement pratique sur le terrain. Elle s’est inspirée d’une collègue professeure d’architecture, qui emmène ses élèves dans des pays en voie de développement pour y mener des projets de construction.

« Il est important de travailler davantage sur les notions de citoyenneté mondiale et les habiletés interculturelles des futurs enseignants, estime-t-elle, car les écoles au Canada sont de plus en plus multiculturelles. S’immerger dans une autre culture pour étudier est pour cela une excellente école. »

Doublement enrichissant

Les élèves manitobains retirent des bénéfices de cet échange, mais aussi les enseignants éthiopiens de Canadian Humanitarian qui les reçoivent et leurs élèves. « On rend service à Canadian Humanitarian en faisant la classe aux enfants éthiopiens, mais aussi en apprenant aux enseignants la pédagogie centrée sur l’enfant », explique Nathalie Piquemal.

Elle mène par ailleurs un projet de recherche pour évaluer les impacts du programme de Canadian Humanitarian sur les enfants impliqués, et les résultats sont probants. « Tout a changé pour eux entre leur vie d’avant et celle d’après, confie Nathalie Piquemal. Ils ont un sentiment de bien-être, ils savent qu’ils peuvent échapper à la prostitution, accéder à l’éducation, manger à leur faim et surtout réussir dans la vie. » De leur côté, les étudiants manitobains apprennent aussi beaucoup des Éthiopiens, notam­ment sur leur culture, leur société et la psychologie de leurs enfants.

« Ça permettra aux futurs professeurs manitobains de mieux comprendre et s’adapter à leurs élèves nouveaux arrivants d’Afrique, et de développer leur ouverture et leur empathie culturelle », souligne Nathalie Piquemal. L’enseignante en éducation interculturelle et internationale précise que « les écoles manitobaines font déjà beaucoup pour intégrer et comprendre les nouveaux arrivants, et les professeurs se montrent déjà motivés et engagés, mais ce qui manquait, c’était surtout dans la formation initiale. « Pour le moment, poursuit-elle, les enseignants ont tendance à s’adapter quand un immigrant arrive à l’école, mais ils n’ont pas eu de véritable formation sur les problèmes qui pourraient survenir, notamment des questions de justice sociale. C’est l’objectif d’un cours sur le terrain. »

Les étudiants manitobains tirent aussi de leur séjour en Éthiopie des leçons de résilience. « Dès cinq ans, ces jeunes Éthiopiens pris en charge par Canadian Humanitarian ont conscience que pour sortir de la misère, la seule voie est l’éducation, affirme Nathalie Piquemal. Alors même si c’est normalement les vacances d’été, l’école est pleine et les enfants seraient même prêts à sauter un repas pour continuer à étudier. C’est inspirant. » La professeure agrégée remarque par ailleurs que les enseignements sur la justice sociale tirés de l’expérience en Éthiopie pourraient se retrouver ailleurs, y compris au Manitoba, dans les communautés autochtones du Nord.

« C’est un honneur d’avoir été choisie par le CMCI, mais je n’y serais pas arrivée seule, conclut Nathalie Piquemal. C’est avec le personnel de Canadian Humani­tarian, en Éthiopie, que nous faisons une différence. »

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