Une belle grand-messe de Noël à Camerata Nova

CamColor84L’ensemble Camerata Nova de Winnipeg a célébré ses 20 ans en invitant plusieurs chanteurs et musiciens à participer à une imposante et émouvante représentation de la messe de Noël de Praetorius, les 21 et 22 novembre 2015.

 

praetoriusmMichael Praetorius est né en 1571 dans une famille de la bourgeoisie luthérienne du nord de l’Allemagne. Son père était un pasteur qui avait été formé par Martin Luther. C’était un homme de grande érudition, un philosophe et théologien qui maîtrisait le latin, le grec et l’hébreu. Organiste virtuose, il fabriquait des orgues, composait et étudiait la musique. Il a publié 40 volumes de partitions de musique chorale, de musique liturgique et de danses. Il a écrit un traité en trois volumes sur les techniques d’apprentissage et les instruments de son temps, intitulé Syntagma Musicum, une œuvre de référence pour les musicologues et les musiciens spécialisés en musique ancienne. Praetorius a été organiste, chantre et maître de chapelle dans plusieurs églises luthériennes du nord de l’Allemagne.

Dès les débuts du christianisme avait commencé à se développer un chant liturgique distinct de la musique populaire, empruntant à diverses sources de musique sacrée, dans le but de proclamer la Parole de Dieu exprimée dans la Bible et les évangiles, de la méditer et de la prier, de célébrer les mystères de la Foi et de rendre gloire à Dieu. Cette musique fut progressivement codifiée et, dans l’Église catholique romaine, s’est éventuellement formalisée dans le chant grégorien. Par ses rythmes, ses tonalités et ses mélodies cette musique a une dimension spirituelle qui favorise autant l’intériorité et la méditation que des élans d’élévation et d’exultation. Au début de la renaissance, on a commencé à la chanter en polyphonie. Des compositeurs à la foi très profonde ont développé ce mode musical qui exploitait à merveille les qualités acoustiques des grandes églises et cathédrales construites au cours du moyen-âge et de la renaissance. Praetorius était un maître de la polyphonie de la haute renaissance introduite à Venise par Andrea et Giovanni Gabrieli et développée entres autres par Lassus, Palestrina, Gesualdo et Monteverdi, poussant encore plus loin l’art de l’alternance entre différentes voix et plusieurs chœurs, dont le son résonnait sur les voutes pour retomber comme une évocation du chant des anges au paradis.

La Messe de Noël de Praetorius n’est pas une messe composée par Praetorius, comme celles de Bach ou Hayden, par exemple. Il s’agit en fait d’une reconstitution de ce qu’aurait pu être une grand-messe du matin de Noël dirigée par Praetorius vers l’année 1620 dans une des églises dont il a été maître de chapelle. Elle est l’œuvre de Paul McCreesh et des Gabrieli Consort and Players pour un enregistrement publié en 1994, qui est devenu très populaire pendant le temps de Noël à travers le monde. Elle rassemble diverses compositions de Praetorius extraites d’une collection publiée en 1619, et quelques œuvres d’autres compositeurs de l’époque, appropriées pour chaque partie de la messe, de la procession de rassemblement à la procession de renvoi.

On trouve dans La Messe de Noël un Kyrie pour trois chœurs, un Gloria pour six chœurs et un Sanctus pour cinq chœurs. Selon la tradition, toutes les prières récitées par le célébrant au nom de l’assemblée sont chantées et les lectures sont proclamées par un chantre. L’assemblée est invitée à chanter les hymnes avec le chœur. Comme la messe se déroule dans une église réformée, presque tout est chanté en allemand, mais on y entend encore quelques chants en latin.

Une œuvre d’une telle envergure demande des effectifs beaucoup plus nombreux que les 16 membres de l’ensemble Camerata Nova. Huit chanteurs se sont joints à l’ensemble ainsi que les jeunes filles du Westgate Mennonite Collegiate Concert Choir. Des musiciens spécialisés en musique ancienne ont formé un orchestre semblable à ceux de l’époque : des violonistes de l’Orchestre symphonique de Winnipeg jouant d’instruments baroques, un organiste baroque et un joueur de théorbe venus de Minneapolis pour la basse continue, des joueurs d’instruments à vent (sacqueboutes, trompettes, flûtes, cornets, douçaines, cromornes, chalemies), amis de Ross Brownlee venus de Montréal, Boston, Toronto et San Francisco, chacun avec sa panoplie d’instruments.

Ross Brownlee, qui dirigeait son dernier concert avec Camerata Nova, afin de se consacrer entièrement à ses tâches de professeur et de directeur de 6 ensembles musicaux de haut niveau au Westgate Mennonite Collegiate, a réussi le tour de force de rassembler tous ces musiciens passionnés dans une remarquable unité d’intention et d’exécution. Il n’y a eu aucune faille perceptible dans cette grandiose célébration musicale de la fête de la Nativité, exécutée avec beaucoup de ferveur et un grand respect du sujet, écoutée par un auditoire qu’on sentait recueilli et émerveillé.

Camerata Nova a encore une fois démontré qu’il est l’un des meilleurs ensembles de musique ancienne du Canada. Espérons qu’il trouvera les appuis et les moyens financiers nécessaires pour rayonner encore davantage au Canada et à l’étranger par des enregistrements et des tournées au cours des prochaines années.

Pierre Meunier