Soirée hétéroclite au MCO

En invitant le chef Earl Stafford et le claveciniste Éric Lussier à présenter le premier concert de l’année, le 13 janvier 2015, dans un programme surprenant de musique baroque et de musique du début du 20e siècle, le Manitoba Chamber Orchestra a rendu hommage à deux figures marquantes de la scène musicale winnipegoise au cours des 30 dernières années.

Éric Lussier.

Éric Lussier.

Le claveciniste manitobain Éric Lussier a contribué de façon importante à la promotion de la musique baroque au Manitoba et dans le reste du Canada au cours des 30 dernières années. Diplômé de l’Université du Manitoba, il a poursuivi des études avancées à l’Université McGill et au Conservatoire de musique de Paris, sous la direction de Kenneth Gilbert. Il a donné des récitals

partout au Canada et a été entendu fréquemment à la CBC et à Radio-Canada. Il a été soliste avec l’Orchestre symphonique de Winnipeg, le Manitoba Chamber Orchestra, l’Alberta Baroque Ensemble et Tafelmusik. Il a fondé le MusikBarock Ensemble de Winnipeg, dont il a été le directeur artistique et le chef. Maintenant en semi-retraite, M. Lussier est membre du corps professoral du Conservatoire de musique et des arts du Manitoba. En 2012 il a fait don de sa collection de partitions de musique baroque orchestrale au MCO.

Malgré son allure de patriarche, avec son impressionnante barbe blanche, M. Lussier n’a rien perdu de sa virtuosité. De son clavecin, fabriqué en 1995 par le winnipegois David Jensen, il a mené l’orchestre dans une interprétation brillante du Concerto pour clavecin en la majeur (BMV 1055) de Jean Sébastien Bach. Ce concerto aurait été composé initialement pour hautbois d’amour mais on n’en a jamais retrouvé le manuscrit. Bach en a fait une transposition pour clavecin dont le manuscrit comprend des annotations sur le mode de transcription qui ont permis de reconstituer la version présumée originale de la version pour hautbois d’amour. C’est une pièce très charmante, qui a été jouée avec beaucoup d’allant. Deux mouvements allegro, enjoués et entraînants, encadrent une sicilienne, danse rustique d’origine italienne qui a inspiré plusieurs compositeurs de la période baroque, au caractère pastoral et de style plus lyrique. On a senti pendant tout le concerto une communication attentive entre tous les musiciens qui ont joué dans un accord presque parfait tant pour le rythme que pour l’expression.

Earl Stafford.

Earl Stafford.

Pianiste de formation, Earl Stafford, originaire de Thunder Bay, a commencé sa carrière comme soliste de concerto. Il s’est ensuite orienté vers l’accompagnement de ballet et a gagné la médaille d’or du meilleur accompagnateur au Concours international de ballet de Varna, Bulgarie, en 1980. Son intérêt pour le ballet l’a conduit à une double carrière de pianiste et chef d’orchestre. En 1984, il a été engagé comme directeur musical et chef principal du Ballet royal de Winnipeg, poste qu’il a occupé jusqu’en 2009. L’excellence de son travail au RWB lui a valu de nombreuses invitations à diriger des orchestres partout au Canada.

Il a d’abord dirigé le Concerto pour cordes de Nino Rota, un compositeur italien rarement entendu en concert. Compositeur prodige, il composé un premier oratorio à l’âge de 12 ans. Toscanini l’a envoyé étudier à Philadelphie où il s’est lié d’amitié avec Aaron Copland et rencontré Gershwin. À son retour en Italie, il a beaucoup composé mais son style très traditionnel a été boudé à une époque où l’on survalorisait la musique contemporaine. Il était peu apprécié par les avant-gardistes, encore moins lorsqu’il se mit à écrire de la musique de film. Mais son association avec Fellini à compter de 1952 lui a valu une grande renommée, notamment pour les classiques La strada, La dolce vita, et Amarcord. Le concerto pour cordes est de forme très classique, s’apparentant davantage à une symphonie avec ses quatre mouvements. C’est une musique très lyrique et même romantique, comportant de très belles lignes de solos. On reconnaît tout de suite le style de la musique entendue dans l’un ou l’autre des 150 films auxquels Rota a collaboré, dont le nom du compositeur est malheureusement souvent vite oublié.

Le nom de Stravinsky évoque spontanément des œuvres d’avant-garde comme le Sacre du printemps ou l’Oiseau de feu. Apollo, dont le titre original était Apollon musagète, présenté en début de deuxième partie, est un court ballet d’une trentaine de minutes en deux tableaux commandé à Stravinsky à l’été de 1927 par la mécène américaine Elisabeth Sprague Coolidge pour un festival d’art contemporain à la Bibliothèque du Congrès de Washington le printemps suivant. Stravinsky s’est référé à la mythologie de la Grèce antique pour composer ce ballet romantique dont la musique s’inspire de la musique française du 17e siècle et particulièrement de Lully. Le premier tableau évoque la naissance d’Apollon, de l’union de Zeus, le roi des dieux, avec Leto, une mortelle. Apollon est le dieu de la lumière, de la vérité et de la musique. Il est servi par neuf muses, dont trois seulement sont évoquées dans le ballet, Calliope muse de la poésie, Polymnie muse de la rhétorique et Terpsichore muse de la danse. Le deuxième tableau évoque l’initiation des muses à leur art par Apollon avant de les introduire dans sa demeure du mont Parnasse, dans l’apothéose finale. La première de Washington, le 27 avril 1928, dirigée par Hans Kindler sur une chorégraphie d’Adolph Bolm, n’impressionna pas beaucoup. Pour la première de Paris, George Balanchine a conçu une nouvelle chorégraphie et Stravinsky lui-même a dirigé. Le résultat fut plus intéressant mais le public parisien, qui n’avait toujours pas oublié, quinze ans plus tard, le scandale provoqué par le Sacre du printemps fut tout autant surpris par la chaste beauté et le néo-classicisme d’Apollo. La musique est très belle mais c’est une expérience particulière de l’écouter sans voir la danse. Stafford en a donné une superbe interprétation.

Le concert s’est terminé avec la St. Paul’s Suite de Gustav Holst. Les Planètes, de style moderne au caractère éthéré, ont fait la renommée de Holst, mais cette pièce est exceptionnelle dans l’ensemble de l’œuvre du compositeur. Holst s’est beaucoup intéressé à la chanson et aux danses folkloriques anglaises et a contribué de manière importante à leur renouveau. De la même époque que Les Planètes, cette suite pour cordes en quatre mouvements, la première du genre composée par Holst pour l’ensemble de cordes de la St. Paul’s Girls’ School de Londres, où il a enseigné pendant près de trente ans, est fortement inspirée du folklore anglais. La suite débute par une gigue énergique. Le deuxième mouvement est un ostinato (presto) sur lequel plane une mélodie chantante dans une atmosphère brumeuse. Holst aimait surprendre en mêlant les genres. Le troisième mouvement est composé d’une mélodie d’inspiration nord-africaine interprétée par les solistes, interrompue à quelques reprises par un air de danse anglaise joué par l’orchestre. Le quatrième mouvement débute par la chanson sur rythme de gigue The Dargasson sur laquelle vient se superposer le célèbre Greensleeve. Les airs au rythme différent s’entrelacent vers un final où tout est magnifiquement fusionné. Ce fut une exécution électrisante qui a conclu ce concert hétéroclite dans un joyeux entrain.

Manitoba Chamber Orchestra
Le 13 janvier 2015, Westminster United Church, Winnipeg
Earl Stafford, chef invité
Éric Lussier, clavecin et direction

Concerto pour clavecin en la majeur (BMV 1055) • Jean Sébastien Bach
Concerto pour cordes • Nino Rota
Apollo, ( Apollon musagète) • Igor Stravinsky
St. Paul’s Suite, op. 29 no 2  • Gustav Holst

Pierre Meunier

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» Malysa dit: { Juil 3, 2015 - 12:07:24 }

Kent, the minister rebilnspsoe for Parks Canada which oversees the historic recognition program will issue a statement later Friday distancing the government from MacMurchy’s views. We were caught blindsided, he said.This is the level of Conservative competence??? On the other hand did anyone notice that Parks Canada took a big hit this summer? While I would not expect a Canadian civil servant to set up the minister, it would not surprise me that if an initial objection was ignored, any normally conscientious cs might say,  » I warned you,it’s on your plate now ».


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