Inon Barnatan au MCO : sublime

Le pianiste Inon Barnatan a fait sensation à sa première visite à Winnipeg, le 18 février 2015, dans un superbe concert du Manitoba Chamber Orchestra consacré à Mozart et Beethoven, sous la direction d’Anne Manson.

Inon Barnatan .

Inon Barnatan .

Anne Manson a encore une fois démontré son art de la programmation, en sélectionnant deux œuvres presque contemporaines de Mozart et de Beethoven : de Mozart, la Symphonie no 40 en sol mineur K 550, composée en 1788 et de Beethoven, Le concerto pour piano n0 2 en si bémol majeur, op. 19, composé en 1795. À 32 ans, Mozart avait atteint sa pleine maturité et était au faîte de sa renommée. Il est mort 3 ans plus tard, adulé comme le plus grand compositeur de l’histoire. Beethoven avait 25 ans lorsqu’il a composé son premier concerto pour piano. Il s’initiait encore à la composition, ayant commencé sa carrière comme pianiste.

Mystérieusement, Mozart avait toujours réussi à transcender une vie difficile marquée par la maladie, le deuil et une constante insécurité financière avec une musique d’une élégance inégalée, joyeuse et divertissante, répondant ainsi aux attentes de son public. À cette époque, les compositeurs devaient encore respecter des conventions qui ne permettaient guère l’expression d’une pensée et de sentiments personnels. Mais à la fin du XVIIIe siècle commençait à se développer le courant littéraire du romantisme allemand qui a peut-être influencé la composition de la Symphonie no 40. Mozart y prend en effet certaines libertés à l’égard des conventions (le Menuet trio du troisième mouvement n’a pas du tout l’allure de la danse de cour) et exprime sans réserve ses émotions : angoisse, sentiment d’urgence et fragilité, comme s’il sentait venir sa fin. En écoutant cette symphonie, l’une des trois dernières composées par Mozart en juillet et août 1788, on a l’impression d’entendre une œuvre de Beethoven. Anne Manson a choisi d’interpréter la première version de la symphonie, sans les clarinettes que Mozart a décidé d’ajouter en 1791. Ce fut une exécution captivante, d’une grande intensité émotive. Le jeu de l’orchestre était précis, très bien accentué et nuancé. De la très belle musique!

Beethoven s’était rendu à Vienne à la fin de l’année 1792 dans le but compléter sa formation en composition auprès de Hayden et avait l’intention de retourner à Bonn, sa ville natale. Mais il y connut un tel succès qu’il y demeura pour le reste de sa vie. Il se fit d’abord une réputation comme pianiste virtuose. Il prit quelques leçons de composition de Hayden mais son esprit indépendant et sa créativité explosive mirent rapidement fin à leur relation de maître à élève. Hayden lui a dit en 1793, “ Vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes”. Beethoven a d’abord composé des pièces pour piano pour ses propres concerts. Grand admirateur du classicisme de Mozart et Hayden, ces premières pièces sont fortement marquées par leur influence. Il a beaucoup travaillé son premier concerto, commencé en 1795, avant de le publier, de sorte qu’il parut après son deuxième, datant de 1798, et porte donc le numéro 2 au catalogue. Autant la Symphonie de Mozart semble annoncer la venue de Beethoven, autant le Concerto de Beethoven rappelle Mozart. On y retrouve en effet la légèreté, la jovialité et l’humour de Mozart. C’est dans l’Adagio poétique et lyrique que l’on sent le plus la touche personnelle de Beethoven.

Le pianiste Inon Barnatan était le soliste invité. Né en Israël en 1979 et immigré à New York en 2006, Barnatan s’est rapidement imposé sur la scène musicale américaine où il accumule les succès et les éloges. Il a récemment été nommé le premier artiste associé du Philharmonique de New York pour trois saisons. Sa carrière a maintenant pris une envergure internationale mais il est encore peu connu au Canada. C’était sa première visite à Winnipeg. Inon Barnatan est l’un de ces pianistes virtuoses qui ont un sens inné, unique et très personnel de la musique. Leur jeu transcende la technique pour exprimer un état d’âme, un sentiment, une émotion. Barnatan fait une musique d’une pure beauté.

Beethoven ne tenait pas en très haute estime son premier concerto, ne le considérant pas comme l’un de ses meilleurs. C’est un concerto qui est d’ailleurs rarement joué. Mais Barnatan et Manson ont donné une interprétation qui a laissé l’impression d’avoir entendu une grande œuvre. L’orchestre a rivalisé de finesse avec le pianiste mais Anne Manson s’est assurée de laisser briller Barnatan de tout son art tout en lui donnant un soutien orchestral de très haut niveau, pour le plus grand plaisir de l’auditoire. Barnatan fait chanter les notes avec beaucoup de lyrisme et de musicalité. Il joue avec une grande souplesse de mouvement et une fluidité naturelle, produisant un son unique d’une exquise douceur à l’oreille. Il a bien compris le sens de ce concerto qu’il interprète avec gaieté, piquant, et une juvénile espièglerie toute mozartienne dans les dialogues avec l’orchestre. Il a bien fait sentir le caractère un peu mélancolique de Beethoven dans l’Adagio.

Ce fut une performance exceptionnelle que le public averti du MCO a saluée d’une très longue ovation bien méritée. Devant l’insistance du public, Barnatan a joué en rappel le célèbre aria pour soprano Que les brebis paissent en paix de la Cantate BMV 208 de J. S. Bach, dans une transcription pour piano d’Egon Petri. Le temps est demeuré suspendu pendant les quelque cinq minutes de l’interprétation unique qu’en a donnée Barnatan. La musique était d’une sublime poésie, les notes semblant tomber comme des cascades de perles lumineuses et rebondir en milliers d’étincelles éphémères. Barnatan nous a bercés dans une douce rêverie, avec une liberté qui laissé l’impression qu’il improvisait.

Manitoba Chamber Orchestra
Le 18 février 2015, Westminster United Church, Winnipeg
Anne Manson, chef
Inon Barnatan, piano

 Symphonie no 40 en sol mineur K 550  – Wolfgang Amadeus Mozart
Concerto pour piano no 2 en si bémol majeur, op. 19 – Ludwig van Beethoven

Pierre Meunier

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» CoCo dit: { Juil 3, 2015 - 05:07:16 }

I had a music class once where the teacher deesribcd Brahms as being like molasses, heavy and slow, Bach as being like a malt, not too heavy but filling, and Mozart as being like Sprite, light and bubbly. Maybe Vivaldi falls between Bach and Mozart?


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