Ballet Royal de Winnipeg

FIN DE SAISON IMPRESSIONNANTE

Le 9 mai 2012, le Ballet royal de Winnipeg présentait la première du spectacle de clôture de la saison, intitulé Pure Ballet. Ce spectacle de facture exceptionnelle met en valeur le talent d’artistes, danseurs ou chorégraphes, dont la carrière s’est déroulée ou se développe en lien étroit avec le RWB.  Emily Grizzell, soliste et Carrie Broda, second soliste, formées à l’École professionnelle du RWB, prennent leur retraite après respectivement 15 et 14 ans de carrière au sein de la compagnie. Le chorégraphe Mauricio Wainrot, qui a déjà dansé avec le RWB, est revenu une troisième fois présenter une des ses oeuvres, Carmina Burana. Il avait collaboré aux productions de The Messiah en 2005 et Carmen, The Passion, en 2007. Jorden Morris dont le ballet The Doorway: Scenes from Leonard Cohen est présenté en première mondiale, a complété sa formation et mené presque toute sa carrière au sein du RWB. Enfin, le jeune chorégraphe Peter Quanz, dont le RWB produit pour la première fois Luminous, est également diplômé de l’école du RWB. Il rayonne sur la scène internationale mais garde des liens étroits avec le RWB.

Le spectacle débute par Luminous de Peter Quanz. Ce ballet a été inspiré à Quanz par le magnifique Concerto pour violon “Affairs of the Hearth”, du compositeur canadien Marjan Mozetich et une phrase du livre Le patient anglais de Michael Ondaatje: “Nous mourons rempli de la richesse de nos amours et de nos tribus …”. Le ballet évoque les rencontres entre huit personnes au fil du temps. Les danseurs évoluent sur une scène sans décor, dans une belle lumière qui délimite l’espace et le temps. Les couples se forment et se séparent, trouvent consolation dans le groupe et y tissent de nouvelles relations. D’abord superficielles, les relations deviennent de plus en plus profondes et amoureuses, durables jusqu’à la séparation finale dans la mort. C’est une danse remplie de sensibilité et de sensualité, au style classique dans une forme moderne, sur une musique très expressive. Les mouvements sont fluides, les figures sont belles et parfaitement exécutées.

Suit un magnifique duo d’amour dansé par Carrie Broda et Alexander Gamayunov, sur le superbe Adagietto de la Symphonie no 5 en do dièse mineur de Gustav Mahler, selon une chorégraphie d’Oscar Araiz . S’insérant en parfaite continuité avec Luminous, les lents mouvements des danseurs évoquent avec tendresse l’éveil de la passion et de l’affection entre deux personnes et leur émouvante  montée vers l’extase amoureuse. Ce fut une très belle performance d’adieu de Mme Broda.

Emily Grizzel fait ses adieux dans la création en première mondiale de Rivalry/Revelry, qu’elle danse avec son partenaire favori Yosuke Mino, qui a fait la chorégraphie. C’est un court ballet de 5 minutes sur la musique entraînante de Perpetuum Mobile, de l’album The Signs of Life du Penguin Cafe Orchestra. C’est une danse aux mouvements vifs et humoristiques qui se termine sur un porté qui se fige, donnant l’impression que Grizzel va s’envoler  hors de la scène à l’instant où les lumières s’éteignent. Image très symbolique de son départ à la retraite.

On retrouve l’atmosphère intimiste de la première partie du spectacle dans Doorway, Scenes from Leonard Cohen, de Jorden Morris.  Par un assemblage d’extraits d’entrevues et de cinq  poèmes et chansons de Leonard Cohen, le ballet évoque comment, pour Cohen, la poésie est une porte d’entrée sur les chemins intérieurs de l’être. Les rapports entre les personnes sont ici explorés à travers le perception intime et profonde de chacun, dans ce qui ne peut se dire que par la poésie: la poésie des mots, la poésie de la musique, la poésie des corps qui dansent. Chacune des cinq scènes est un petit bijou. Les scènes Bird on the Wire et  Hallelujah, dont la musique est interprétée sur scène  par Keith and Renée et leur ensemble dans la première et par Allison Crowe s’accompagnant au piano dans la seconde, sont très intéressantes. Il se crée un rapport ambigu mais intense entre les danseurs et les musiciens, comme s’ils exprimaient les sentiments conflictuels ou contradictoires à l’intérieur d’une même personne. Since You Asked, un pas de deux dansé par Yosuke Mino et Harrison James sur les paroles sans musiques d’un poème récité par Cohen, est rempli d’émotion . Le ballet se termine par l’émouvante chanson Sisters of Mercy, un hommage à ces personnes que l’on croise sur nos chemins, où elles semblent nous attendre au moment où on ne croit plus pouvoir continuer, pour nous apporter leur réconfort et nous aider à reprendre la route.

Complet changement de ton et d’atmosphère dans la deuxième partie du spectacle. La chorégraphie de Mauricio Wainrot sur le célèbre Carmina Burana de Carl Orff est magnifique.

Dans un décor minimaliste, les différentes scènes sont caractérisées par des jeux de lumière et d’écrans et par les costumes. C’est une chorégraphie abstraite, axée sur les émotions plutôt que sur le récit. Le corps de ballet est impressionnant dans les première et dernière scènes (Fortuna I et Fortuna II). Les costumes évoquent une tribu primitive exécutant une danse rituelle. Les scènes Primo Vere (Printemps) et Cour d’amours sont empreintes de douceur et de sensualité. Des lutrins peints en vert évoquent les bosquets où les jeunes gens vont célébrer le réveil de la nature et folâtrer. Les écrans mobiles évoquent des espaces d’intimité où se retrouvent des couples d’amoureux. La scène In Taberna qui les sépare est vivante et drôle, dans l’esprit des moeurs de cette époque lointaine.

Seul bémol à cette magnifique soirée, le son était sur-amplifié et perçait les oreilles. Cela a du être corrigé pour les autres présentations.

Pure Ballet est à l’affiche jusqu’au 13 mai à la Salle de concert du Centenaire de Winnipeg.

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