Asier Polo et Anne Manson acclamés

Le Manitoba Chamber Orchestra a fait salle comble le 9 avril 2014 pour son avant dernier concert de la saison, qui accueillait le violoncelliste espagnol Asier Polo.

Asier Polocello.

Le violoncelliste Asier Polocello.

Peu connu en Amérique, M. Polo est considéré comme le meilleur violoncelliste d’Espagne, où Anne Manson a travaillé avec lui pour la première fois il y a quatre ans, et l’un des meilleurs en Europe. Plusieurs se souvenaient de sa prestation exceptionnelle dans le Concerto pour violoncelle no 2 de Boccherini en 2012, lors de ses débuts avec le MCO. Ils n’ont pas été déçus par ce concert.

Le Concerto en do mineur de Vivaldi fait partie de la trentaine de concertos pour violoncelle qu’il a composés par pour les élèves du Pio Ospedale della Pietà, qui ont permis d’établir le violoncelle comme instrument solo. Fondé en 1346, della Pietà est le plus renommé des quatre hospices de la Sérénissime République de Venise pour jeunes enfants abandonnés, orphelins, naturels, ou indigents. Les garçons quittaient à l’adolescence mais les filles pouvaient y demeurer aussi longtemps que nécessaire.

Elles y recevaient une formation musicale très poussée, en chant et en tous les instruments d’orchestre. Leurs concerts de musique de Vivaldi et d’autres grands maîtres du baroque étaient les plus courus à Venise.

Comme toute l’œuvre de Vivaldi, ce concerto est une musique composée pour plaire à l’oreille et mettre en valeur la virtuosité des musiciens. L’orchestre et le soliste en ont donné une interprétation fort plaisante. Anne Manson a dirigé avec beaucoup de finesse, traçant de belles lignes bien accentuées et nuancées. Asier Polo a une technique très perfectionnée. Il fait magnifiquement chanter son Francesco Rugieri (Cremona 1689). Il manie l’archet et touche les cordes avec beaucoup de délicatesse. Dans les arpèges, qu’il exécute avec une précision rythmique et tonale ahurissante, on a l’impression que la main caresse les cordes en les chatouillant. Il obtient des suraigus sublimes sans vibrato, comme s’il faisait briller un diamant sous un mince rayon de soleil. Il a l’art de mettre en relief toutes les subtilités de la musique, d’en exprimer tout le charme et la beauté.

Le Concerto en la majeur de Carl Emanuel Bach, annoncé au programme, a été remplacé par les Variations sur un thème rococo de Tchaïkosvki. Ce fut une décision heureuse car elle nous permis d’entendre Polo dans une œuvre de style différent et demandant plus de virtuosité. Nous avions entendu une superbe exécution des Variations sur un thème rococo à l’Orchestre symphonique de Winnipeg en octobre 2013, dirigée par le jeune chef Aziz Shokhakimov, avec Denise Djokic au violoncelle.

La prestation du MCO et d’Asier Polo, dans une version pour orchestre à cordes seulement, fut encore plus impressionnante. Asier Polo a été flamboyant, gardant l’auditoire dans une intense attention et l’admiration du début à la fin. En pleine possession de ses moyens et accompagné par un orchestre en grande forme, il a surmonté toutes les difficultés de cette œuvre avec une facilité étonnante. Rarement a-t-on vu un soliste jouer avec autant de plaisir. Il semblait se réjouir de nous faire don d’une si belle musique. Ce don a été reçu par un tonnerre d’applaudissements bien mérités, qui nous ont rappelé l’ovation donnée au violoniste Augustin Hadelich quelques semaines plus tôt, qui lui aussi avait envoûté l’auditoire avec l’Orchestre symphonique de Winnipeg. Les mélomanes de Winnipeg ont été vraiment choyés d’entendre tour à tour ces deux artistes exceptionnels. En rappel, Asier Polo a interprété avec émotion le premier mouvement de la Suite pour violoncelle de Gaspar Cassado.

Le concerto de Vivaldi a été suivi de la Symphonie no 87 en la majeur de Joseph Hayden, l’une des 6 symphonies dites « parisiennes » commandées par Le Concert de la Loge Olympique de Paris en 1785, dont l’orchestre était dirigé par le Chevalier Boulogne de Saint George. C’est une symphonie légère et joyeuse, d’ambiance pastorale, qui a été superbement interprétée par Mme Manson. Cette musique apportait une lueur d’espoir en cet hiver interminable, nous faisant rêver au réveil prochain de la nature et à l’effervescence estivale. Les vents ont très bien joués, notamment dans l’adagio, donnant de belles couleurs sonores à la musique.

En début de deuxième partie, le MCO a repris Virtuosities de Dorothy Chang, pièce qu’il a commandée et créée en janvier 2013 pour le quarantième anniversaire de fondation de l’orchestre. “En l’honneur du 40e anniversaire du Manitoba Chamber Orchestra, j’ai eu l’inspiration d’écrire une pièce qui célèbre l’histoire de la musique et la tradition tout en embrassant aussi la nouveauté et l’innovation ‒ ce que le MCO a si bien réussi à accomplir depuis 40 ans,” a expliqué Mme Chang. Dans cet esprit, cette pièce faisait une belle transition entre les œuvres baroques de la première partie et les Variations sur un thème rococo, inspirées du style de Mozart mais écrites dans la forme classique du 19e siècle,  qui terminaient le concert.

Pierre Meunier

Concerto pour violoncelle en do mineur, RV 401  Antonio Vivaldi
Symphonie no 87 en la majeur, Joseph Hayden
Virtuosities, Dorothy Chang
Variations sur un thème rococo, Piotr Ilitch Tchaïkovski

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» Tori dit: { Fév 8, 2016 - 11:02:56 }

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