Une carrière bien remplie

LA LIBERTÉ | ACTUEL

Roland Mahé

L’homme qui a façonné l’image moderne et contemporaine du Cercle Molière, Roland Mahé, quitte la direction artistique de la troupe, après 44 ans à la barre.

« J’ai toujours eu un penchant pour les sujets théâtraux sérieux, ceux qui touchent notre société, qui font réfléchir et qui contiennent beaucoup de zones grises », lance le directeur artistique du Cercle Molière, Roland Mahé, qui a annoncé, le 18 janvier dernier, sa retraite du poste qu’il occupe depuis 1968.

« D’où la présentation, en cette saison, de pièces comme Blackbird et On achève bien les chevaux, poursuit-il. L’an dernier, avec Doute, on a invité le public à réfléchir sur un cas possible d’abus par un membre du clergé. En examinant un cas particulier dans un drame, on en vient à réfléchir sur les mœurs, les problèmes sociaux et notre époque. »
C’est en 1961 que Roland Mahé est devenu un membre actif du Cercle Molière, collaborant avec la célèbre peintre et directrice artistique de la troupe, Pauline Boutal. « Je me vois encore travailler à l’arrière-scène avec elle, à peindre des décors, raconte-t-il. Son énergie et son enthousiasme étaient contagieux. Et puis la troupe, qui était alors composée de bénévoles engagés, était une grande famille engagée à la réussite, à tous les plans, des pièces. L’expérience m’a séduit. »

Roland Mahé a poursuivi ses études à l’École nationale de théâtre à Montréal, en 1965. Boursier du gouvernement français en 1966, il a aussi étudié à l’École supérieure d’art dramatique de Strasbourg, en France. Lors de la retraite de Pauline Boutal, en 1968, Roland Mahé est devenu le premier directeur artistique à consacrer tout son temps à la tâche.
« Cela reflétait mon engagement et une tendance générale, explique-t-il. Au Canada, le théâtre prenait de l’importance. Il y avait de l’argent fédéral pour les directeurs artistiques minoritaires. Alors en voyant les possibilités, je me suis mis à développer le Cercle Molière, spectacle par spectacle, en troupe professionnelle et en théâtre de répertoire, présentant des pièces de tous genres. »

Pièces de chez nous

Lorsque le Cercle Molière a présenté, en 1968, Les belles-sœurs de Michel Tremblay, pièce populaire mais controversée pour avoir été écrite en joual, Roland Mahé a conclu qu’il y avait de la place pour des pièces franco-manitobaines. « Les belles-sœurs avaient résonné chez nous, à cause de son langage familier, indique-t-il. En 1970, on a donc monté Je m’en vais à Regina, de Roger Auger. C’était le début de l’importance qu’on continue à porter à la création manitobaine. »

En effet, au fil des années, la troupe a présenté de nombreuses pièces d’auteurs franco-manitobains, notamment Les Tremblay de Claude Dorge et d’Irène Mahé, La grotte de Jean-Pierre Dubé, Poissons de Marc Prescott ainsi que Li r’venant de Rhéal Cenerini.

« On a pris d’autres risques qui ont porté leurs fruits, souligne Roland Mahé. Alors que nous présentions toujours des pièces à la salle Pauline-Boutal au Centre culturel franco-manitobain (CCFM), nous avons ouvert le CM2 au théâtre de la Chapelle. La plus petite salle nous a permis de présenter du théâtre plus expérimental – les ouvrages de Beckett, d’Ionesco ou encore nos dramatisations de nouvelles de Gabrielle Roy.

« Le public en est venu à apprécier l’ambiance plus intime du théâtre de la Chapelle, poursuit-il. On pouvait voir les comédiens de près, et même prendre un verre de vin. Et puis on a quitté le CCFM, jusqu’à ce que nous puissions nous y réinstaller dans une salle qui répond exceptionnellement bien aux besoins de la troupe.

« En fait, je suis heureux de quitter après avoir fait un temps dans le nouveau théâtre, conclut-il. Je voulais y goûter. Quant à mon départ, je le vis avec des émotions mixtes. Je crois avoir fait mon temps et je suis confiant que le Cercle Molière a une relève solide. Mais ce n’est pas sans une certaine pointe de nostalgie que je quitte. J’ai été chanceux de travailler avec des gens qui ont la même passion que moi. Ensemble, sur la scène, nous nous sommes aventurés dans les couloirs obscurs de la nature humaine pour y jeter quelques lumières. C’était enivrant. »

Daniel BAHUAUD | presse5@la-liberte.mb.ca

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