Vive Roland Mahé! Vive le Cercle Molière!

Madame la rédactrice,

J’ai appris, avec une certaine inquiétude, la retraite de notre estimé directeur artistique du Cercle Molière, M. Roland Mahé, après 40 ans de créativité et de dévouement culturel à la communauté. Il ne faut jamais oublier que c’est lui qui a permis à une dramaturgie bien franco-manitobaine de prendre naissance et de se développer. Devant cette annonce inévitable – il n’y a que les Immortels qui sont éternels -, mais qui m’inquiète aussi pour l’avenir du CM, il me semble qu’il y a deux choses à faire.

D’abord, et bien que Roland Mahé ait reçu toute distinction imaginable au cours de sa carrière, la communauté franco-manitobaine doit absolument trouver une façon de le fêter. Il a pris une troupe de Grands Amateurs et l’a transformée en une compagnie professionnelle, réputée. Les Mahé – car le directeur du C.M. n’a pas été seul dans cette aventure – ont agi, à leur façon, un peu comme les Boutal avant eux : en étant le point de rassemblement d’une certaine élite intellectuelle. Ce n’était pas tant une élite européenne comme au temps de Pauline Boutal, qu’un lieu de raffinement bien franco-manitobain. Il n’est guère imaginable aujourd’hui, malheureusement, que la chose se répète.
Ainsi, la deuxième chose que la communauté franco-manitobaine doit faire, c’est de terminer l’œuvre entreprise par les Mahé pour assurer l’avenir du Cercle Molière. Cela veut dire donner à la compagnie un statut de responsabilité en loi et devant la communauté. De nos jours, devant les investissements engagés, il ne peut plus s’agir d’un legs passant d’inconditionnels du théâtre à d’autres bêtes de scène, comme fut la transmission des Boutal aux Mahé. La communauté et les gouvernements ont investi des millions de dollars dans le nouveau théâtre du CM. Il est temps de mettre sur pied un conseil d’administration élu – et je dis cela sans vouloir porter ombrage au conseil actuel – qui sera mandaté par la communauté, qui tiendra des assemblées annuelles publiques, qui sera chargé de l’embauche du personnel et qui sera responsable de rendre compte à la communauté franco-manitobaine à laquelle le Cercle Molière, au fond, appartient.
Il me semble impératif que cette procédure soit mise en place avant de procéder à la succession artistique de Roland Mahé. En un premier temps, je peux suggérer que les abonnés du Cercle Molière soient considérés les membres du CM, qu’une réunion des membres soit appelée pour mettre sur pied une procédure pour l’élection d’un conseil d’administration qui sera chargé de la gouvernance de la compagnie et qui procédera, en foi et en droit, à l’embauche d’un successeur à M. Mahé. Ou, à défaut, on peut demander en un premier temps que la Société Franco-Manitobaine nomme le conseil d’administration du CM qui aura à lui répondre de sa gérance.
Il me semble que cette dernière étape d’institutionnalisation est essentielle pour garantir l’avenir économique et théâtral de la compagnie et pour la responsabiliser devant sa communauté et ses bailleurs de fonds, car je doute qu’il y ait d’autres Mahé aussi longuement dévoués à notre service.

J. R. Léveillé
Saint-Boniface (Manitoba)
Le 19 janvier 2012

Catégorie: À vous la parole

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» J.R. Léveillé dit: { Jan 26, 2012 - 07:01:08 }


Le CA du CM,

Madame la rédactrice,
Permettez-moi de préciser que je n’ai pas d’opposition aux membres actuels du conseil d’administration du Cercle Molière. C’est pourquoi dans ma lettre Vive Roland Mahé! Vive le Cercle Molière! j’indiquais « sans porter ombrage au conseil actuel ». Ils sont peut-être les mieux placés pour veiller à la transition et ils peuvent être reconduits à leur poste. J’estime simplement qu’il faut mettre en place une procédure pour légitimer et responsabiliser le CA auprès de la communauté dans les décisions à venir.

J.R. Léveillé | Saint-Boniface (Manitoba) | Le 26 janvier 2012

 

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» Lucien Chaput dit: { Fév 2, 2012 - 05:02:55 }

Dans les arts comme en affaires, le succès d’une entreprise se mesure par la réussite financière. Des pièces à guichet fermé assurent non seulement la viabilité à long terme d’une entreprise culturelle comme le Cercle Molière, mais indiquent que les responsables ont réussi à établir le rapport nécessaire avec son auditoire. Et par le passé, cette formule ne semble pas avoir nui au développement de la dramaturgie francophone de la province. Je n’ai pas les chiffres, mais je ne pense pas que les pièces de Rhéal Cenerini ou de Marc Prescott aient nui à la bottom line du Cercle. C’est pour cela que je ne vois pas nécessairement comment un appel à la démocratie populaire servirait mieux la cause pour ainsi dire. Ce qui importe, c’est d’avoir un conseil d’administration fort, avec une bonne représentation d’expertise nécessaire. Une structure comme ont certaines fondations où le conseil d’administration s’auto-renouvelle, ou encore comme le bureau des gouverneurs de l’ancien Collège universitaire de Saint-Boniface (je sais que c’est l’Université de Saint-Boniface, mais je ne sais pas si la façon de constituer le bureau à changer!), ou il y a quelques membres nommés par des instances de l’extérieur de l’université, pourrait mieux servir une institution culturelle comme le Cercle en permettant de recruter celles et ceux qui s’intéressent au théâtre.


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