L’année des sauvetages

ÉDITORIAL DE LA LIBERTÉ DU 19 AU 25 DÉCEMBRE 2012

 

Quand Albert Bohémier a quitté la Défense nationale en 1981, il avait sauvé bien des vies. Pilote d’hélicoptère, le natif de La Broquerie avait réussi de nombreux sauvetages en haute mer.

Le casse-cou a lancé en Nouvelle-Écosse l’entreprise Survival Systems Limited et sauvé d’autres vies. Il a mis en marché à l’échelle globale un simulateur de sauvetage : une piscine de haute technologie dans laquelle on plonge une carlingue pleine d’apprentis. SSL travaille aussi en espace confiné : fonds de puits et systèmes de ventilation.

Le sang-froid d’Albert Bohémier pourrait inspirer le milieu minoritaire, qui peut ressembler à un espace confiné : entrée et sortie difficiles, mouvement limité, mal ventilé et éclairé, survie non garantie. On doit souvent défendre le patrimoine, les services et les institutions.

En 2012, le sauvetage le mieux réussi demeure celui du tribunal-poste de police du boulevard Provencher. Il sera converti en clinique bilingue, une valeur ajoutée pour Saint-Boniface. On a aussi réussi pour l’instant à contrer l’insistante menace d’un nouvel abattoir urbain.

Remettons à l’Association des résidants du Vieux Saint-Boniface la palme et, si possible, des fonds pour jouer son rôle de garde. On pourrait en demander à la Société franco-manitobaine (SFM), laquelle a battu l’insigne record de l’assemblée annuelle la plus courte, faute de discussion.

Au chapitre des ratés, ajoutons le plus faible taux de participation électorale jamais vu, avec les 9 % dans l’Est de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM). La Division fait sourciller avec la gestation la plus longue d’une politique sur l’exogamie, attendue depuis une décennie.

Est-ce véritablement un problème de langue? Quand une partie des titulaires est frappée d’exclusion, le droit n’est-il pas effectivement nié? C’est alors une question de culture organisationnelle. Dans l’ère de la gouvernance par l’information, on laisse les membres-clients définir sans cesse comment partager les renseignements susceptibles d’engager leur participation. La technologie permet une dévolution du pouvoir et son exercice immédiat.

La SFM et la DSFM peuvent encore s’en tirer. Elles pourraient s’inspirer d’une des pratiques gagnantes de l’Hôpital Saint-Boniface, lequel a mis en place en 2008 un processus d’amélioration continue de ses services. Le programme LEAN intègre aux pratiques quotidiennes la rétroaction de la clientèle et du personnel.

Il reste que la capacité de penser hors box s’est amplement manifestée en 2012. Deux nouvelles publications, La Révolution tranquille au Manitoba français, de Raymond Hébert, et Les Fidèles à Riel, de Bernard Bocquel, ont illustré l’importance de la dissidence. Côté leadership, l’Agence d’échanges commerciaux du Manitoba a tenu son 2e forum Centrallia et lancé un World Trade Centre bilingue, évènements marquants de 2012. Qui seront suivis par le 100e de La Liberté en 2013.

Le journal centenaire a pris les devants technologiques, publiant en mode électronique, diffusant la création locale sur le Web et s’affichant quotidiennement sur les médias sociaux. C’est radical, dans ce milieu où le plus haut gestionnaire institutionnel avait affirmé que l’Internet était une mode condamnée à disparaître!

Cette année, un sénateur républicain a refusé d’ouvrir un compte Twitter parce que ses adversaires l’avaient précédé. Un candidat français a demandé à Google d’effacer tous les résultats associés à son nom, craignant la diffusion de faussetés. Un élu canadien a fermé sa page Facebook dès la parution d’un premier commentaire négatif.

Faisons une résolution : essayons de comprendre comment l’Internet a changé irrémédiablement l’exercice démocratique. Que ce soit pour élaborer une politique, tenir une élection ou combattre une coupure fédérale. La réflexion et la mobilisation via les réseaux sociaux permettent d’intégrer pleinement la dimension citoyenne.

Les troupes d’Obama, les indignés de Wall Street, les printemps arabe et érable ont ouvert la voie. Modifier l’agenda politique et secouer l’ordre établi est maintenant à la portée de tous.

2013 fournira sans doute l’occasion de prendre l’offensive.