De parapluie à parasol

La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 9 octobre 2013

 

«Ne craignez jamais de vous faire des ennemis; si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait », a dit Georges Clemenceau. Et si vous n’avez pas d’amis?

Bernard Richard s’est passionné pour la question. Après avoir été ministre provincial, il a fait carrière dans la défense des citoyens. Il a été successivement ombudsman, défenseur des enfants et des adolescents, commissaire à l’information et à la protection de la vie privée au Nouveau-Brunswick.

L’Acadien a mené une étude d’envergure en 2011 pour déterminer comment renforcer l’efficacité et l’indépendance du défenseur public. Et la Province a adopté sa recommandation d’encadrer les huit officiers législatifs avec des mandats non renouvelables de sept ans. La raison : ne pas leur donner le loisir de se faire trop d’amis ni d’ennemis afin de favoriser leur autonomie du début à la fin.

Le mandat à terme est la norme de gouvernance en démocratie, même au Parlement italien et au Maplenut Club. Il existe maintenant diverses catégories de carrière au sein de l’État entre les nombreux fonctionnaires à vie et les quelques officiers à terme. L’ombudsman est un chien de garde : il doit mener la défensive et l’offensive tout en produisant des résultats comme si aujourd’hui était son dernier jour en poste.

Et si vous ne défendez et n’attaquez pas, ça veut dire quoi?

La question se pose à deux semaines de l’Assemblée annuelle de la Société franco-manitobaine (SFM). Sa mission ressemble à celle d’un ombudsman : se mettre au service d’une population tout en l’inspirant pour l’avenir et la défendant contre les refus, coupures, fermetures et intimidations.

Avec ses quelque 2 millions $ de budget annuel, notre bras politique est un modèle de solvabilité. Pourtant, sa légitimité est en faillite : le courant ne passe plus entre l’organisme parapluie et la population.

Les gouvernements continuent à financer comme si ça leur était égal. Mais pourquoi la communauté laisse-t-elle la SFM devenir un organisme parasol, un lieu d’ombre et de repos? Pourquoi le rapport annuel se résume-t-il à une liste de partenaires et de réunions?

Comme certains fonctionnaires, le personnel politique semble installé jusqu’à la retraite. Les postes-clés d’un organisme de revendication exigent pourtant un haut rendement qui ne peut être maintenu indéfiniment. Un mandat fixe lié à l’atteinte de résultats ne serait-il pas plus approprié?

Le Conseil d’administration a baissé les bras devant le recrutement de membres. Peu sont appelés, tous sont élus. La présidente a déclaré qu’elle souhaitait laisser sa place « à des gens qui ont plus d’idées ».

Plus d’idées? Ne suffirait-il pas d’en avoir une ou deux bonnes? Trois propositions ont été présentées par des membres de la communauté et publiées la semaine dernière. Elles seront obligatoirement débattues à l’Assemblée du 24 octobre.

La recommandation la plus étonnante vise l’offre de cours de formation aux élus. Est-il possible que l’organisme ne fournisse pas un programme de leadership, comme le fait le Conseil jeunesse provincial? La capacité de gouverner et de le faire stratégiquement doit être une priorité absolue. La SFM ne devrait-elle pas donner l’exemple?

Entre les lignes des propositions, devrait-on lire une motion de non-confiance : avancez, reculez ou ôtez-vous du chemin? Il y a tant à faire.

 

 

 

 

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