À vous la parole

À vous la parole
La Liberté – mai 2014

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Députée de Saint-Boniface, tenez-vous debout!

Lettre ouverte à la Ministre du patrimoine et députée conservatrice de Saint-Boniface, Shelly Glover

Madame Glover,

La protection et l’épanouissement de la langue française de même que l’avancement des langues officielles au pays sont en tête des priorités du Nouveau Parti démocratique. C’est pourquoi, pour la troisième fois, j’ai présenté un important projet de loi visant à faire du bilinguisme une condition essentielle à la nomination des juges de la Cour suprême du Canada.

Comme ce fut le cas pour le projet de loi C-419 présenté par ma collègue, la députée québécoise Alexandrine Latendresse, qui visait à faire du bilinguisme un critère essentiel à l’embauche d’agents du Parlement comme le vérificateur général, j’espère que vous appuierez mon projet de loi C-208 le jour du vote, le 7 mai prochain. Il est essentiel que cette condition de nomination s’applique également aux juges du plus haut tribunal du pays. Monsieur Bernier avait  qualifié l’initiative de ma collègue, Mme Latendresse, « d’excellent projet de loi ». Mon projet de loi s’inscrit dans la même veine et j’espère de tout cœur obtenir votre appui.

Comme vous le savez, la Cour suprême est la dernière instance judiciaire pour les Canadiens. Pouvoir se faire comprendre sans intermédiaire par tous les juges est essentiel. On ne peut se fier à la traduction et à l’interprétation simultanée qui connaissent certaines limites. Le bilinguisme des juges est une question d’égalité des francophones et des anglophones dans l’accès à la justice.

Les Québécois et les francophones du pays ont déjà témoigné en grand nombre leur appui à mon projet de loi et en tant que  ministre des Langues officielles,  vous avez la responsabilité d’assurer la vitalité et l’épanouissement des communautés de langues officielles au pays.

Je vous invite donc à voter en faveur de mon projet de loi sur le bilinguisme de la Cour suprême lors du vote le 7 mai prochain. C’est une question d’égalité et de justice.

Yvon Godin | Député d’Acadie—Bathurst | Porte-parole de l’opposition officielle en matière de langues officielles | Le 2 mai 2014

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Conte pour notre temps

Madame la rédactrice,

Voici une lettre à la rédaction d’un style peu orthodoxe mais somme toute assez divertissant, au sujet de mon interprétation des récentes coupures subies par la SRC-CBC.

Conte pour notre temps
Le roi et la pianiste

Il était une fois un roi, un peu beaucoup orgueilleux comme tous les rois, qui engagea une pianiste pour jouer en son palais.

– Tu joueras tous les jours, lui dit-il. Tous les jours et du mieux que tu peux. Ta musique attirera les gens, ils admireront mon palais, écouteront mes discours et verront combien je suis grand.
Ainsi fut fait. On ouvrit grand les fenêtres et tous les jours la musique de la belle pianiste s’envolait par toute la ville. Un jour c’était du Scarlatti, un autre du Bach, du Mozart ou du Beethoven, ou encore du Sati, du Duke Ellington, du Nougaro ou du Sansévérino, quand ce n’était pas du Presley, du Hendrix ou du Bjork. Et chacun dans la ville, du plus riche au plus pauvre, du plus jeune au plus vieux, se rendait au palais pour mieux l’écouter.

– Merveilleux, se dit le roi. Tous ces gens vont voir combien mon palais est riche et combien je suis grand.

Mais bien vite, le roi déchanta. Rendus au palais, les gens se fichaient bien de l’or et des diamants de la couronne, des trophées et des discours du roi. Non, rassemblés par la musique, ils préféraient danser, chanter, partager leur pain et leur vin, discuter et rire avec leurs nouveaux amis. Certains même tombaient amoureux.

– Crénom d’un chien, jura le roi! Ça ne se passera pas comme ça!

Mais il ne voulait pas chasser la pianiste et paraître inconstant. Il coupa plutôt son salaire. Si elle décidait de partir, c’est à elle que les gens en voudraient. Mais la belle pianiste aimait tant la musique qu’elle n’abandonna pas ses récitals, et même si elle ne pouvait plus engager l’accordeur de piano les fêtes continuèrent; un peu moins justes, mais presque aussi joyeuses.

Voyant cela, le roi coupa et coupa encore le salaire de la belle pianiste, se disant que les gens ne pourraient supporter ses fausses notes et la chasseraient eux-mêmes. Mais la belle pianiste aimait tellement la musique et avait tant de talent que sous ses doigts même les couacs! et les ploncs! étaient harmonieux. Cependant, son salaire devint si maigre qu’il vint un temps où elle ne put manger tous les jours à sa faim et dût espacer ses concerts qui avaient de plus en plus triste mine.

Les gens demandèrent au roi pourquoi il ne permettait plus à la pianiste de faire le travail qu’elle faisait si bien autrefois.

– Je ne lui ai jamais ordonné de ne plus jouer, répondit le roi. C’est elle qui prend ses propres décisions.

Une clé d’interprétation pour notre temps : le roi = le gouvernement conservateur, la pianiste = Radio Canada – CBC.

Fin

Bertrand Nayet | Le 5 mai 2014

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Permettre le dialogue

Lettre ouverte au chef du Parti libéral du Canada, demandant la révocation de son interdiction aux candidats pro-vie d’intégrer le Parti.

Cher Monsieur Justin Trudeau,

Je m’adresse à vous en tant que jeune citoyenne canadienne et partisane potentielle du Parti libéral du Canada. J’aimerais vous dire combien je suis déçue et profondément troublée par votre décision, annoncée le 7 mai dernier, d’interdire aux candidats qui sont contre l’avortement de se présenter en tant que candidats libéraux.  J’ai la ferme conviction que votre décision brime nos libertés fondamentales de conscience et d’expression garanties par notre Charte canadienne des droits et libertés.  Je crains que cette décision de votre part ne ferme plusieurs portes pour le Parti libéral et que vous manquerez votre chance d’atteindre une partie importante des Canadiennes et Canadiens en maintenant votre position.  Je vous prie de révoquer votre interdiction.

Bien que je sois ouvertement pro-vie, je suis consciente que l’acquisition du droit à l’avortement a été célébrée comme une victoire pour les droits des femmes, il y a plus de 25 ans.  Bien que je vois les choses autrement et que la question de l’avortement ne me laisse jamais indifférente, je ne suis pas insensible vis-à-vis de mes sœurs qui considèrent l’avortement comme un moyen important de garantir l’épanouissement des femmes.  J’ai moi aussi à cœur que les femmes puissent être bien dans leur corps et prendre part activement à la planification de leurs familles.  Je souhaite aussi pour ma part que les mères ne soient pas défavorisées parce qu’elles ont donné naissance et que tous les enfants qui naissent soient accueillis dans le monde avec amour.  Mes sœurs pro-choix et moi avons peut-être différentes méthodes à proposer pour faire avancer nos valeurs communes, mais cela ne m’empêche pas de les respecter dans leur droit de communiquer leurs idées.  J’ose espérer que nous puissions un jour échanger ensemble sur ces sujets de façon respectueuse, et je rêve même que nous puissions bâtir des ponts entre nous.

Mon objectif n’est pas de vous exposer ma position morale dans cette lettre. Mais vous n’entendrez peut-être jamais ma voix si l’espace accordé à la discussion est condamné.  Je sens qu’on ne pourra jamais se comprendre si vous ne permettez pas que toute personne soit acceptée au forum de discussion.

Vous pensez que le débat sur l’avortement est clos depuis le jugement de la Cour Suprême en 1988 qui a permis sa légalisation au Canada.  Mais si tel est le cas, pourquoi sentez-vous qu’il est nécessaire d’obliger les candidats de votre parti à s’associer à un seul côté du débat? Nous n’avons pas la liberté d’étouffer la voix d’une personne qui est en désaccord avec nous, car c’est son droit à l’expression qui garantit aussi le nôtre.

En vous remerciant de l’attention que vous accordez à ma demande, je vous prie d’agréer, Monsieur Justin Trudeau, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Sophie Freynet-Agossa, B.Sc.Soc. | Winnipeg (Manitoba) | Le 9 mai 2014

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Les États-Généraux, une occasion pour tout le monde de s’exprimer

Madame la rédactrice,

En réponse à l’éditorial de Jean-Pierre Dubé, La charrue avant les bœufs du 14 mai dernier, il est important de préciser certains points, qui interpellent la mémoire collective.

Les états généraux de 1987-1988 avaient été convoqués pour faire le point après la crise linguistique qui avait, littéralement, secoué le Manitoba français. La SFM avait entamé cette initiative parce que les victoires de Georges Forest et de Roger Bilodeau avaient rapporté des gains constitutionnels, mais la question des services demeurait en suspens. De plus, la Charte canadienne des droits et libertés avait à peine cinq ans et son article 23 ne donnait pas la gestion scolaire. Pas encore.

Que faire et comment faire l’avenir avec ces nouvelles cartes, importantes certes, mais dans quel contexte? La SFM a alors posé un regard de perspective et prospectif, ce qui lui a permis de mettre à jour, en temps réel, les demandes de services en français, présentées depuis des années à divers gouvernements. Certes, initialement, le processus a été chancelant, mais les états généraux de 1987-1988 ont bien défini une carte routière communautaire, avec pour demande principale une division scolaire par et pour les francophones.

Dire, en 2014, que le processus actuel est chancelant ne tient pas la comparaison avec 1987-1988, car il y a déjà, en 2014, de l’action, un comité est en place et Mamadou Ka, le président de la SFM a indiqué que « la question de la forme des états généraux tranchée, la discussion collective pourra être entamée en octobre. Elle durera un an. Lors de l’assemblée annuelle de 2015, nous présenterons les premières ébauches des résultats des États généraux ». Donc, pour l’instant le processus avance et, il faut l’espérer, va continuer d’avancer.

L’éditorialiste pose la question : « Plusieurs des conditions commu­nautaires ayant entraîné la fin de l’Association d’éducation des Canadiens français du Manitoba dans les années 1960 ne sont-elles pas encore réunies? Désaffectation, démobilisation, changement de valeurs, de priorités et d’identités? » Pourquoi faire un tel parallèle avec 1968? Un simple retour dans l’histoire de ces années-là oblige à constater que cet énoncé est loin de la vérité : les acquis du dernier demi-siècle sont là pour témoigner de la vitalité actuelle de la communauté, vitalité insoupçonnable en 1968.

S’il n’y avait pas de changements de valeurs ou d’identité, il faudrait s’inquiéter d’une communauté statique, retranchée dans le passé, et inerte. Est-ce le cas? Surtout pourquoi utiliser une terminologie négative, alors que le bilan est positif? Pourrait-on poser plutôt la question ainsi? « Étant donné les acquis des 30 dernières années, et l’évolution constante de la communauté sur le plan identitaire, grâce à l’immersion et à l’immigration, quelles sont les nouvelles valeurs de mobilisation et les priorités à façonner pour les futures générations? » Répondre à cette question, c’est faire un état des lieux et, ensuite, un plan d’action, en consultation.

C’est aussi l’essence de la proposition d’octobre 2013, qui pointe vers une « collaboration avec les organismes de la communauté et des communautés francophones ». Donc, la SFM ne peut pas « décider seule d’assumer la pleine responsabilité de l’exercice », la décision lui a été imposée. Quant au choix exact de partenaires, sectoriels ou autres, le comité aviseur est là pour ça, pour donner des conseils, n’est-ce pas?

Si on se base sur les discussions entendues le 17 octobre dernier, il y a fort à parier que, si ce qui sera présenté en octobre prochain ne satisfait pas certaines personnes, les discussions pour modifier ce matériel vont être vives, animées, et ayant à cœur les meilleurs résultats possibles. Tout comme à l’AGA de 2013.

En 1987-1988, les courriels, Fabebook, Twitter, et Internet n’existaient pas et rejoindre une communauté était un défi. Cela ne sera pas le cas, en 2014, la communauté pourra se mettre au courant autant qu’elle le souhaitera. Alors, pourquoi laisser entendre que la SFM va faire en sorte de « présenter un fait accompli » et, ensuite, poser la question de savoir ce que sont « au juste ces États généraux »? Faut-il donc comprendre que le fait accompli est déjà accompli ou encore un mystère?

Enfin, il reste la question du calendrier de cinq ans soulevé par l’éditorialiste. Si à l’AGA, un participant a bien souhaité un calendrier de cinq ans, le président de la SFM a déjà répondu le 30 avril dernier. Oui, il est question, plus loin, dans sa déclaration de l’année 2018. On peut lire : « avant 2018 », mais il faut aussi lire ce qui précède, à savoir une présentation des premières ébauches des résultats en 2015.

La meilleure façon d’aborder ces États généraux est d’analyser ce qui est nécessaire, indispensable, souhaitable ou désirable, individuellement et collectivement, et de participer aux sessions, d’une façon ou d’une autre, sans décider à l’avance que les cartes sont déjà jouées ou prises et que l’on soit d’accord ou non avec la SFM.

Jacqueline Blay | Le 23 mai 2014

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