À vous la parole

À vous la parole
La Liberté – février 2014

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L’indépendance des sénateurs : à votre tour, M. Harper

Madame la rédactrice,

Comme ce fut rapporté dans la dernière édition de La Liberté, j’appuie pleinement la décision du chef du Parti libéral du Canada, M. Justin Trudeau, de couper les liens entre le caucus libéral national et les sénateurs libéraux.

Certains ont déploré notre décision, à titre de sénateurs nouvellement indépendants, de former un nouveau caucus de sénateurs libéraux. Cette décision serait la preuve, selon eux, qu’il n’y aurait pas de réel changement de culture à la Chambre haute. Je tiens à apporter quelques précisions à ce sujet.

D’abord, si les sénateurs nouvel­lement indépendants n’avaient pas décidé, suite à l’annonce de M. Trudeau, de se regrouper au sein d’un nouveau caucus, il n’y aurait plus d’opposition officielle au Sénat, en vertu de notre Règlement. L’absence d’opposition officielle affecterait le fonctionnement du Sénat et de ses comités, qui sont au cœur de nos activités parlementaires. En fait, selon nos règlements, les sénateurs indépendants ne siègent habituellement pas aux comités, et ne peuvent le faire qu’avec l’approbation des partis représentés au Sénat. Comment aurions-nous effectué notre travail d’examen législatif si la participation aux travaux des comités nous avait été refusée? Avions-nous le droit d’abdiquer cette responsabilité?

La partisanerie n’est donc pas le produit d’une habitude ou un simple passe-temps. Elle régit le fonctionnement du Sénat.

Il faudra sûrement s’attaquer à la modernisation du Règlement du Sénat. Celui-ci doit mieux refléter notre nouvelle réalité et mieux accommoder le nombre grandissant de sénateurs qui, comme nous, ne seront pas affiliés à un parti politique dans leur travail parlementaire. Dans l’attente, cependant, notre décision de former un nouveau caucus d’opposition au Sénat relevait de la nécessité.

Il ne faut pas pour autant diminuer l’importance de la décision de M. Trudeau. Ce n’est pas un retour à la normale au Sénat. Loin de là. L’abolition des caucus conjoints mène à une dynamique nouvelle. Les caucus des députés ont souvent une saveur électoraliste, et les sénateurs seront mieux servis dans leur travail en faisant abstraction de telles considérations. Notre nouveau caucus au Sénat, de plus, n’a aucune ligne de parti, aucun whip, aucune suggestion quant aux votes. Il nous offre un forum où on peut échanger de l’information et discuter afin d’être bien préparés tant en comité qu’au Sénat. Ce caucus nous permettra aussi d’avancer, justement, de nouvelles réformes règlementaires au Sénat. Nous sommes pleinement conscients de l’opportunité que cette décision présente pour l’avenir du Sénat, et nous prenons très au sérieux notre responsabilité d’innover et d’assurer l’intégrité de cette institution.

Un premier pas important a donc été franchi. Que nous réserve l’avenir?

Une décision similaire de la part de M. Harper serait le deuxième pas logique. Le Sénat pourrait alors, loin de toute influence de la part des députés, revoir son Règlement afin de le dépolitiser encore plus. La table serait ainsi mise pour des nominations futures par le biais d’un processus non-partisan.

Un changement de culture, alors? Certainement. Mais il viendra graduel­lement et prudemment. Une refonte impulsive et radicale, sans égard aux conséquences, n’aurait certainement pas été à la hauteur de ce qu’on attend du Sénat.

Maria Chaput, sénatrice | Manitoba | Le 12 février 2014

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Le projet de statue de Georges Forest : à qui appartient-il?

Madame la rédactrice,

Georges Forest a changé le visage de la francophonie manitobaine. En 1979, grâce à une simple contravention, il récupère une partie de l’héritage de Louis Riel. Avec son avocat, Alain Hogue, il obtient la restauration de l’article 23 sur la Loi sur le Manitoba (1870), cet article qui imposait dès 1870 le bilinguisme à l’Assemblée législative et dans les tribunaux de la province.

Il obtient ce que personne d’autre n’avait pu obtenir depuis 1890, même si, à deux reprises, le juge Louis-Arthur Prud’homme avait bien rendu le même jugement que le juge Armand Dureault, c’est-à-dire que la province n’avait pas le droit d’abolir les droits constitutionnels linguistiques des francophones. La question étant complexe, elle méritait un examen approfondi et le dossier s’est alors rendu jusqu’à la Cour suprême du Canada avec, en parallèle, la cause Blaikie, et quelques articles de la Charte de la langue française du Québec.

Le 13 décembre 1979, Forest gagne ce que certains appellent, à l’époque, une victoire à la Pyrrhus, c’est-à-dire une victoire qui n’a pas assez de mordant. En effet, que faire avec l’article 23, après plus de 90 ans d’inconstitutionnalité, si la Cour ne peut pas donner d’indice sur la mise en œuvre au quotidien? Forest ne portera pas ce dossier et Roger Bilodeau sera celui qui aura le fardeau et l’honneur de donner l’ampleur indispensable à la victoire de Forest.

Depuis, Forest voyage dans l’imaginaire collectif du Manitoba français. Il a, sans contredit, sa place dans les livres d’histoire : une salle porte son nom, dans les bureaux de la SFM, de même qu’une place, dans le quartier nord de Saint-Boniface. Et c’est tout : pas une rue, pas une bourse académique, pas de prix, rien, sauf, depuis quelques semaines, un projet de statue.

Le comité mis sur pied il y a presque deux ans pour faire démarrer ce projet en est à sa troisième version; deux personnes, membres du comité original, demeurent. Entre temps, beaucoup d’expertise a été sollicitée pour ensuite être laissée de côté. Certes, on peut bien penser que ce ne sont pas les personnes qui forment le comité qui vont faire la différence, mais plutôt l’objet de leur travail, à savoir la statue.

Or il faut bien l’avouer, cette ébauche déçoit beaucoup. Graphiquement et symboliquement, elle n’inspire pas la vision que pourrait avoir l’œuvre de Forest. Il est représenté comme un homme ordinaire, avec un morceau de papier à la main. Une contravention? Ah oui, il y a un parcomètre à côté de lui. Pourquoi? Comment? Où? Quand? La statue ne donne pas ces messages visuels essentiels. La brochure ne donne pas plus d’explications.

D’autre part, où est, entre autres, la ceinture fléchée de celui qui a inspiré le Festival du Voyageur et ses célébrations? Où est le sens de victoire jubilante qu’on retrouve dans la photo prise à Ottawa, où on le voit perché sur le panneau de la Cour suprême du Canada, les bras levés en signe de victoire non équivoque? Entre cette photo et l’ébauche dévoilée il y a quelques jours, il y a tout un monde.

Entre les deux, il y a ce sens de l’histoire qui est au rendez-vous à Ottawa pour le Manitoba, et qui illustre la première d’une série de victoires qui font que le Manitoba français est ce qu’il est aujourd’hui, avec ce qu’on appelle les « acquis ».

La famille interviewée pour les circonstances du dévoilement n’est pas d’accord avec l’emplacement possible de la statue, ce qui impose la question : pourquoi? Elle faisait pourtant partie du comité original.

La brochure distribuée avec l’hebdomadaire La Liberté nous invite à donner des fonds pour la statue elle-même : aucune adresse courriel, aucune page Facebook ou site internet, aucun service Paypal. Seule une adresse postale. Au 21e siècle, le projet de statue de Georges Forest se retrouve au 19e siècle. Pourquoi? Est-ce que la technologie ne peut pas être utilisée pour faire encore plus connaître cet homme qui mérite certainement une meilleure stratégie de communications?

Les médias sociaux sont de puissants moyens à ne pas négliger. Il serait certainement utile de les harnacher pour obtenir les fonds rapidement; ou encore, pourquoi pas, reprendre le processus de sélection des maquettes sollicitées et soumises et faire voter ceux et celles qui sont intéressés à vraiment participer à l’hommage à cet homme qui mérite plus que ce qui est présenté jusqu’à présent. Facebook se prête parfaitement à ce type de consultation universelle et il peut être accessible bien au-delà de quelques personnes d’un comité et au-delà de la province même.

Car la victoire et l’héritage de Forest intéressent, à bien des degrés, tout le Manitoba francophone. Combien de personnes occupent des emplois grâce à sa victoire? Combien de programmes identitaires, culturels, économiques, etc. ont bénéficié à long terme de cette même victoire? Combien de personnes seraient intéressées à participer à ce projet de statue et à mettre leur expertise à contribution, mais ne le font pas, ou ne peuvent pas, pour toutes sortes de raisons? Surtout, combien de temps faudra-t-il pour vraiment reconnaître celui qui a donné le coup de pouce fondamental au Manitoba francophone actuel?

Fondamentalement, est-ce que le choix de cette statue doit être laissé uniquement à des membres d’un comité dont la composition change beaucoup? Lorsqu’on veut rendre hommage à quelqu’un de la stature de Georges Forest, on doit se tourner vers sa communauté et lui soumettre un projet à la hauteur de l’homme et de son héritage. Les jeunes générations ont beaucoup de respect pour Georges Forest; ne faudrait-il pas les voir au premier plan de ce projet?

Un projet avec des choix faits ouvertement, publiquement, et présenté par un comité qui a une présence stable et en harmonie avec la modernité actuelle. Sinon, on agit comme si cet héritage était réservé à quelques uns et on va dans le sens de la décision du juge Armand Dureault, en décembre 1976 : « Et que le ciel nous tombe sur la tête! ». Une façon polie de dire que Forest n’appartient pas encore totalement à sa communauté.

Jacqueline Blay | Winnipeg (Manitoba) | Le 20 février 2014

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BOUL’PROV’

Madame la rédactrice,

Cela n’a peut-être pas le charme du Boul’Mich’ à Paris, mais il est à nous et je suis heureux de voir nos organismes et concitoyens monter sur les barricades pour enrayer cette attaque éhontée contre le Vieux Quartier.

ONE HUNDRED AND SIXTY : en lettres majuscules, ce n’est jamais un hasard.

Une insulte. Dit le proprio : « Les plans d’affichage ne sont pas terminés, nous réfléchissons à un affichage en français sur les côtés du bâtiment. » Pourquoi pas sur la porte arrière? Avec un avis : Entrée franco. Au plus vite une Loi 101 pour le vieux quartier. D’ailleurs, il n’y a qu’à boycotter l’édifice.

BOUL’PROV’

Solution très simple, comme le proposait notre conseiller municipal : mettre une limite stricte sur le poids des véhicules, avec permis spécial pour les commerces déjà en place, comme il se fait dans des centaines de métropoles à travers le monde.

Ensuite appliquer une ancienne suggestion de notre baron Haussmann, Étienne Gaboury : enlever le boulevard central pour l’étendre sur les côtés et créer des espaces verts pour les terrasses et les piétons. On peut même réduire à 4 voies et permettre le stationnement sur deux d’entre elles, ainsi personne qui décide de circuler via Provencher ne sera pressé d’arriver ailleurs.

DES LIONS ET LEURS PONTS. La Justice en français? Plutôt l’injustice! que les francophones de la province connaissent malheureusement depuis l’origine. Vite que la Société franco-manitobaine rugisse pour assurer le maintien d’une Cour et des services juridiques en français de ce côté-ci du pont Provencher. Les États Généraux, c’est maintenant. L’avis du juge en chef de la Cour du Banc de la Reine, transférant toutes les causes à Winnipeg, nous rappelle trop bien la phrase la plus foudroyante de Gabrielle Roy : « Quand donc ai-je pris conscience pour la première fois que j’étais dans mon propre pays d’une espèce destinée à être traitée en inférieure? »

J.R. Léveillé | Saint-Boniface (Manitoba) | Le 23 février 2014

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